jeudi 22 novembre 2007

Une journée avec


Florence Tétier est une graphiste Suisse de talent installée depuis peu à New York.
C'est aussi un membre du groupe de DJs DASKO et est mariée au photographe Français Nicolas Coulomb


J'habite dans un petit appartement du Lower East Side à New York, avec mon amoureux et nos cinq chats (Queen, Billie Jean, Photoshop, Dolce, et enfin Gabbana), au 70 de la rue Orchard. Il prétend ne pas aimer les animaux, mais c'est à chaque fois lui qui a insisté pour en prendre un, puis deux, puis cinq.

Il est 9h00 et mon réveil sonne. Je l'éteins, une fois, deux fois, trois fois. Je sais qu'au bout de quatre il ne sonnera plus et je ne me réveillerai jamais; c'est à cause de cette partie de cartes qui s'est éternisée hier soir. Celle-ci a d'ailleurs clôturé les célébrations de mon week-end d'anniversaire. J'ai soufflé 24 bougies à la cire de miel biologique, disposées sur un divin gâteau au chocolat, et ouvert un monceau de cadeaux tous plus incroyables les uns que les autres, notamment ce portefeuille en cuir espagnol vert éclatant de chez Comme Des Garçons.

J'ouvre un oeil, puis deux, puis je m'étire lentement et soulève le rideau avec la pointe de mon pied pour voir le temps qu'il fait à travers la fenêtre. Il fait beau, comme presque tous les jours. Un arc-en-ciel se dessine dans les nuages et un écureuil vient m'apporter une noisette dans la main.
Je me lève en essayant de ne pas réveiller mon amoureux mais trop tard, un chat lui a déjà sauté dessus. Il l'attrape et joue avec en faisant mine de ne pas apprécier. Je lui donne la noisette que l'écureuil vient de m'offrir, il dit qu'elle est délicieuse et remercie mon nouvel ami l'écureuil d'un sourire.

Je me dirige d'un pas inquiet vers la salle de bains. J'avais peur des éventuels dégâts que ces deux derniers jours de festivités auraient pu causer à mon teint mais je m'en sors bien et ma peau parait éclatante sous le néon fixé sur le dessus du miroir. Pas une cerne, rien.
Je prends une douche rapide et décide d'attacher mes cheveux, pour une fois. J'applique sur mon visage de la crème Aesop et respire cette bonne odeur de plantes. Un rapide coup de maquillage, du noir aux yeux et du rouge aux joues et je suis prête. Pour ma tenue, j'ai décidé de rester simple; mon pantalon noir Isabel Marant et mon chemisier en dentelle brodée main hérité de mon arrière-grand-mère.
Le temps s'est furieusement refroidi à New York depuis quelques jours et mon trench n'est plus trop de mise. J'enfile gants, bonnet, écharpe avant de sortir et dévale les escaliers, mon manteau d'hiver à la main, sans avoir oublié d'embrasser mon amoureux; " à ce soir darling".

J'ai une liste impressionnante de choses à faire.

Je dois en premier filer à mon atelier, à Brooklyn. La ligne F du métro est à deux blocs de chez moi et m'emmène presque sous les fenêtres du studio où je travaille. D'habitude, mon amoureux m'emmène au travail à cheval mais cette fois-ci il a besoin de son fidèle destrier pour partir faire des photos. Donc je me suis résignée.

Sur le chemin, le casque audio vissé sur les oreilles, je fais défiler sur mon ipod les dernières nouveautés musicales dénichées pour dasko, mon groupe de dj.
Je décide desquelles feront partie de la prochaine playlist. "non, celle-ci n'est pas assez dansante, celle-ci irait plutôt pour une soirée Madison, tiens, celle-là est parfaite".
Je m'arrête au Coffee Shop du coin de la rue et commande un café noir, "no sugar please", sinon c'est beaucoup trop sucré à mon goût.

Je passe devant la boulangerie, il s'en dégage une odeur de pain de de croissants tout juste sortis du four, qui m'attire vers la vitrine comme un aimant. Les pains au maïs salés, les cookies à la framboise, les scones aux myrtilles, les brioches "à la française" ou encore les cupcakes colorés me font de l'oeil mais je me remémore les tartines de ce matin et je me rappelle surtout que je dois rentrer dans mon ensemble Chanel pour le prochain Thanksgiving chez Florent et Kevin. Leur charmant pied-à-terre qui donne sur l'East River sera en effet le théâtre de ces réjouissances typiquement américaines auxquelles mon amoureux et moi sommes ravis de participer.

J'arrive enfin à mon atelier dans une traînée de paillettes, la matinée est déjà bien avancée. Je m'installe à mon bureau et je commence ma petite revue de presse personnelle. Je parcours avec attention les dernières friandises graphiques que je viens de m'offrir, dont un Playboy de 1968 et un numéro original d'Avant-Garde, de 68 aussi. Je lis avec délice les articles et tourne doucement les pages jaunies par le temps. J'ai trouvé ces trésors d'inspiration dans cette délicieuse petit librairie de Williamsburg dans laquelle je vais me ruiner régulièrement.

J'allume mon ordinateur, j'ai quelques e-mails à lire, des amis à remercier pour leurs voeux d'anniversaire. Mes parents, ma soeur, Maria, Sophear, Karl, Kate, Naomi, Régine, tous ont pensé à moi.

Ma petite correspondance terminée, je m'attelle à mon travail. Je suis débordée ces derniers temps; je dois finir mon livre de photographies sur New York, peaufiner la mise en page de la biographie d'Amanda* et terminer la prochaine pochette du prochain Britney, mais surtout je dois créer la future campagne promotionnelle mondiale pour Buvez Madison, et ce sont des clients vraiment très exigeants. A chaque fois que mon téléphone sonne et affiche le numéro de Buvez Madison, mes mains deviennent moites, mon coeur bat, mes genoux tremblent et je décroche avec inquiétude. Ils sont tyranniques ces Buvez Madison mais ils me paient très cher et sont très généreux, donc je reste sympa.

Il est 22h00, je quitte mon bureau, les yeux fatigués par l'écran mais satisfaite du travail abattu. J'appelle un taxi, je suis trop lasse pour aller jusqu'au métro avec mes talons dorés Gaspard Yurkievitch.

Je demande au taxi de m'arrêter un peu avant la maison, je dois passer chez le teinturier chercher le complet Dries Van Noten que mon amoureux a déposé il y a quelques jours. Je me sens un peu coupable; lors du vernissage de Richard Prince mon verre de Chardonnay s'était répandu sur son veston. Mais il est comme neuf il va être ravi.
Un détour rapide au Cake Shop et j'achète deux parts de New York Cheesecake pour le dessert.

J'arrive à la maison et je retrouve mon amoureux devant Heroes. Je ne comprends rien à cette série mais il me dit que c'est fabuleux. Je le crois, mais je préfère Dexter. Il arrête l'épisode en cours parce qu'il a préparé le dîner, tout est prêt. Il ne veut pas que ça refroidisse, ouf j'arrive juste à temps. Au menu, des lasagnes végétariennes dont il a le secret, c'est sa recette. Nous dinons dans le salon sous le lustre en cristal, il a sorti l'argenterie, un vin grand cru coule à flots. Comme toujours c'est délicieux, et comme toujours je me dis dans ma tête qu'il est rudement fortiche.

Le repas terminé, je capture mon amoureux pour la séance de cinéma de minuit, quatre blocs plus loin. Ce soir ils jouent Night Of The Living Dead. Il est aux anges et il est déjà prêt, tant mieux on a 5 minutes avant que le film commence. Il peut toujours sortir n'importe quand de toute façon, il est toujours très élégant, même s'il reste à la maison à s'occuper des chats.

Le film est terminé et nous avons grignoté des milliers de sucreries tout le long. Ca ne fait que trois mois que nous vivons ici, mais ça doit être notre nouveau côté américain.
Nous arrivons à la maison, les chats ont fait le ménage pendant notre absence et l'appartement rutile. Ils ont même préparé notre lit. Je me glisse dedans, impatiente de rejoindre les bras de Morphée. En attendant, je me blottis dans ceux de mon amoureux, songeant à ma vie on ne peut plus banale de new new-yorkaise mais rêvant déjà au lendemain.

2 commentaires:

linda a dit…

j'adore ta vie

pierre a dit…

excellent ce blog